Toujours en baisse en 2025, le marché du meuble se redresse pourtant lors du 2e semestre. La reprise est à conforter, en créant plus de valeur à travers une adaptation aux nouvelles façons d’habiter. Décryptage par l’Ameublement Français, la CNEF et l’IPEA.
Par Agnès Richard
« En 2025, le marché du meuble s’est plutôt bien comporté. La chute se ralentit avec une baisse de 1,8 %, ce qui constitue quand même une perte non négligeable de 250 millions d’euros », constate Guenhaël Seveno, président de l’IPEA. À 13,6 milliards d’euros, les ventes restent légèrement au-dessus de 2019 (13,4 Md€), après les reculs conséquents de 2024 (- 5,1 %) et 2023 (- 2,5 %). « Le marché est en pleine mutation, avec moins de volumes et plus de valeur. Des éléments encourageants se dégagent toutefois car le 2e semestre (+ 0,5 %) s’est mieux comporté que le premier (- 4,0 %), avec cinq mois consécutifs de croissance pour la première fois depuis 2022. »
Segments de marché : la cuisine tire son épingle du jeu
Cuisine : + 2 %
Estimé à 3,8 Md€ (+ 2 %), le meuble de cuisine n’est pas étranger à cette reprise, sous l’influence des bons résultats des spécialistes cuisine tout au long de l’année, et de la grande distribution à partir du second semestre. « Les spécialistes font un travail d’orfèvre pour driver un marché qui, d’une manière mécanique, perd des volumes. Cette croissance, qui n’est pas uniquement liée au produit, ne tombe pas par hasard. La stratégie construite par les acteurs depuis 20 ans porte ses fruits. Les acteurs de la cuisine nous montrent qu’on peut faire plus de valeur avec moins de volume », se félicite Christophe Gazel, directeur général de l’IPEA.
Rembourré : – 1,8 %
En phase avec le marché global, les canapés, fauteuils, banquettes sont une nouvelle fois en recul (- 1,8 %, à 2,4 Md€), malgré une animation promotionnelle forte de la grande distribution et de certains spécialistes. « Les efforts menés par certains acteurs de la grande distribution ameublement pour travailler leur offre afin de mettre le produit en valeur auront porté leurs fruits et permis de limiter le recul », précise Guenhaël Seveno.
Literie : – 2,7 %
La literie (- 2,7 %, à 2 Md€) ne confirme pas ses performances de 2023 et 2024, bien que les matelas de 160 cm soutiennent toujours les ventes en valeur et les paniers moyens. « Les spécialistes voient leurs résultats progresser, mais essentiellement avec un parc qui augmente d’année en année. » En revanche, la grande distribution ameublement et e-commerce souffre.
Salle de bains : – 3 %
À la peine (- 3 %, 0,6 Md€), le meuble de salle de bains est tributaire de l’évolution de l’immobilier. Si certaines offres, notamment chez les spécialistes, ont eu du mal à trouver leur public sur l’année, celles de la grande distribution ameublement ont su séduire le consommateur. « Malgré un rayon réduit à sa portion congrue dans de nombreux points de vente, les offres simples et claires mises en avant par certains magasins auront permis au circuit d’être le seul à enregistrer des résultats en croissance en 2025 sur ce segment. »
Jardin : – 3,8 %
Les conditions climatiques de 2025 n’ont pas profité au meuble de jardin (- 3,8 %, 0,6 Md€), avec une faiblesse de la grande distribution sur les volumes, quand la météo n’est pas au rendez-vous. « Mais nous observons le succès des différenciations d’offres de belles marques françaises qui réussissent à équiper le jardin avec des salons complets pouvant rester dehors », poursuit Christophe Gazel.
Meublant : – 4 %
Le plus mauvais score de l’année (- 4 %) revient au meuble meublant qui, fort de ses 4,3 Md€, reste le premier segment du marché. « Les meubles de chambre reculent moins rapidement que ceux des autres familles du meublant », note Guenhaël Seveno. Ce secteur subit la concurrence de l’occasion et la transformation de l’habitat, avec moins de murs disponibles : cuisines ouvertes sur le salon-séjour, baies vitrées… Il pâtit aussi de l’arrivée des discounters asiatiques du web et du développement des acteurs discount de la vente physique qui, « en proposant des prix toujours plus bas, empêchent la création de la valeur sur ce segment du meublant, principalement sur le petit mobilier d’appoint ».
Réseaux de distribution : seuls les spécialistes s’en sortent
Spécialistes : + 1,6 %
Dans un contexte de manque de fréquentation dans les magasins, les spécialistes (+ 1,6 %, 3,5 Md€) sont les seuls à sortir du lot. Les cuisinistes (+ 4,6 %) enregistrent les meilleurs résultats mais sur des référentiels 2023 et 2024 inférieurs à ceux des autres spécialistes. Les spécialistes literie s’en tirent bien, notamment certaines enseignes nationales stimulées par des ouvertures de points de vente. Les spécialistes salon sont plus en retrait, mais avec des performances très contrastées selon les enseignes.
GSB : – 2,6 %
Les grandes surfaces de bricolage sont de nouveau en recul (- 2,6 %, à 1,7 Md€), mais moins qu’en 2024 (- 8,7 %) du fait de la reprise des transactions dans l’immobilier ancien sur le deuxième semestre. « Les GSB investissent massivement dans l’IA pour simplifier l’accès au projet, ce qui va définir une partie de la montée en gamme dans des conditions adaptées à un consommateur qui aime bien préparer son projet de chez lui », explique Christophe Gazel.
Grande distribution ameublement : – 2,7 %
La grande distribution ameublement (- 2,7 %, à 5,2 Md€) régresse elle aussi, sachant que son activité repose d’une part sur l’équipement, d’autre part sur le meuble meublant et la literie. « Certaines enseignes avancent sur des configurateurs, sur plus de verticalité, travaillent mieux leur rayon rembourré et progressent sur la cuisine. » Les stratégies sont donc en cours de redéfinition, soit par une montée en gamme, soit en tentant de contrer les distributeurs de produits d’équipement sur le prix.
Pure players : – 3,4 %
La situation n’est guère envieuse pour les pure players du web (- 3,4 %, 1,2 Md€), pénalisés notamment par la concurrence des sites internet de la grande distribution.
Ameublement milieu haut de gamme : – 3,8 %
Les enseignes de l’ameublement milieu-haut de gamme ferment la marche (- 3,8 %, 1,4 Md€). « Le circuit est fortement impacté par les difficultés du meuble meublant, son marché principal avec celui du rembourré », note Guenhaël Seveno. Sur le meublant, ce réseau enregistre un recul d’activité deux fois supérieur à celui des canapés et fauteuils. Les enseignes haut de gamme réussissent encore moins bien, une partie de leur clientèle arbitrant en faveur des loisirs.
Baisse de l’inflation, reprise de l’immobilier ancien, pouvoir d’achat en hausse, l’optimisme est de rigueur pour 2026. « Le marché est confronté à deux enjeux : conforter ce début de reprise et restaurer l’équité de marché », résume Didier Baumgarten, président du CNEF, en pointant les plateformes asiatiques (voir encadré). Évidemment, l’annonce du Plan Relance Logement, portant sur 2 millions de logements jusqu’en 2030, est de bon augure. L’impact pourrait se ressentir sur le marché du meuble dès le deuxième semestre 2026.
Temu dans le collimateur
La filière meuble se mobilise contre les pratiques déloyales des marketplaces étrangères, notamment Temu. « La consommation française de meubles est structurellement caractérisée par un tiers de “Made in France” et deux tiers d’importations, à 70 % d’origine européenne. Mais sous le double effet de l’atonie du marché domestique chinois et du relèvement des barrières douanières des États-Unis qui représentaient jusqu’alors le premier importateur de meubles chinois, on a assisté en 2025 à une explosion des importations chinoises à bas prix vers l’Europe », rappelle Jean-Charles Vogley, directeur général du CNEF. Les contrôles effectués à Roissy fin 2025 ont montré que 80 % des produits livrés par petits colis étaient non conformes aux réglementions européennes. Dans ce contexte, l’Ameublement français et le CNEF ont mené 22 tests (effectués par le FCBA) sur des produits achetés sur Temu et Shein (lits superposés, matelas, meubles de rangement…). Tous présentaient un défaut d’information consommateur, une très faible durabilité et pour beaucoup, des pratiques trompeuses et des risques en matière de sécurité. Un avocat spécialisé a aussi été chargé d’analyser juridiquement les pratiques commerciales de Temu.
