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IPEA : le meuble meublant cherche ses marques

Rien ne va plus dans le meuble meublant, confronté à des oppositions de toute part, bien au-delà du contexte économique. Lors de son colloque annuel, l’IPEA a montré qu’il n’est plus question d’envisager cet univers comme auparavant. Ses acteurs doivent stimuler son renouvellement, en prenant en compte les nouveaux modes d’habiter des Français et en explorant de nouveaux besoins. Le meuble meublant retrouvera sa place dans une approche globale de l’organisation de l’habitat. 
Par Agnès Richard

Le meuble meublant cherche sa place. Et ce n’est pas qu’une question de conjoncture. En lui consacrant son colloque « L’Avenir du meuble meublant », qui s’est déroulé le 19 juin, l’IPEA pose, à travers sa dernière étude, la question d’une nouvelle définition de ce produit.

Le meuble meublant décroche, il est vrai, d’année en année. En 2025, affichant un chiffre d’affaires de 4,3 milliards d’euros, il ne représente plus que 32 % du marché du meuble, contre 46,3 % en 2000. Cette famille est sans doute confrontée plus fortement que d’autres au marché de la seconde main, puisqu’elle représente la moitié des achats de mobilier d’occasion. Surtout, elle n’est plus vraiment en phase avec les nouveaux modes d’habiter et la relation du consommateur avec son logement.

Les usages de l’habitat sont devenus plus hybrides, avec l’essor du télétravail depuis 2020 et le développement de la cuisine comme pièce à vivre. 54 % des logements ont une cuisine ouverte sur une autre pièce, taux qui grimpe à 66 % chez les 25-39 ans et baisse à 43 % chez les 65 ans et plus. « Les espaces ne s’organisent plus par pièce, mais par usage », souligne Stéphane Larue, directeur des études de l’IPEA, tout en soulignant que selon l’INSEE, l’augmentation de la surface moyenne du logement des Français, un des moteurs du marché, est à l’arrêt. Elle est passée de 91 m2 en 2006 à 92,5 m2 en 2023, après avoir progressé de 25 % les décennies précédentes.

Les parois auxquelles adosser un meuble se font aussi de plus en plus rares. Pièces plus ouvertes, cuisine donnant sur le salon-séjour, le logement tombe les murs non seulement à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur. La baie vitrée est présente dans près de 68 % des salons-séjours, 63 % des salles à manger, sans oublier la chambre adulte (20 %) et la cuisine (33 %).

Plus encore, 51 % des personnes interrogées affirment que des murs sont laissés volontairement vides, une tendance qui s’affirme chez 54 % des 25-39 ans (47 % chez les seniors). Le logement de la jeune génération est certes souvent plus petit, renforçant la crainte des moins de 40 ans (55 %) d’alourdir l’espace (44 % chez les plus de 65 ans). La contrainte esthétique est évoquée par 29 % des jeunes et près de 18 % avancent l’absence de meubles adaptés. « On a vendu autrefois des solutions globales d’aménagement en meubles meublant dans le séjour-salle à manger où il n’y avait quasiment plus un mur libre, ce qui a représenté des années fastes pour les volumes », indique Christophe Gazel, directeur général de l’IPEA. « Aujourd’hui, le consommateur veut de l’espace. Il va falloir défendre nos positions. Les indicateurs clés chez les 25-39 ans montrent toujours un besoin bien présent de confort, de fonctionnalités, d’esthétique. C’est ce qui va former le marché de demain. »

Le canapé, qui relève de la catégorie du rembourré, fait aussi de l’ombre au meublant. Pour six personnes sur dix de moins de 40 ans, il conditionne l’organisation de l’espace. Et lorsque les Français en changent, près de 40 % optent pour la même taille et 30 % pour un modèle plus volumineux. « Sachant que les Français veulent avoir plus d’espaces de circulation, le meuble meublant est poussé de partout. »

La cuisine intégrée est l’autre poids lourd de l’habitat. Pour 39 % des 25-39 ans, elle contribue à réduire les meubles de rangement d’une autre pièce. « La cuisine intégrée ouverte participe à une redistribution progressive du meuble meublant dans l’espace. »

Pourtant, les Français n’éprouvent pas de difficultés à installer des meubles. En revanche, quelle que soit la pièce, ils sont confrontés à la difficulté de trouver des meubles aux proportions adaptées. « Une majeure partie de la profession est coincée sur le style, alors que le sujet est sur les dimensions. »

Même si, en devenant propriétaires, huit ménages sur dix disent changer leur manière de se meubler, il ne faut plus compter sur le moteur de l’accession à la propriété. « La maison coûte de plus en plus cher, l’argent disponible pour l’aménagement est plus contraint. Comme on vendra moins de quantités, il va falloir réussir à avancer plus de valeur sur chaque unité vendue. Ce n’est pas dans l’ADN historique de notre marché depuis au moins 25 ans. »

Néanmoins, des pièces comme l’entrée ou la chambre d’enfant recèlent un réel potentiel. 32 % des chambres d’enfants sont inoccupées et 80 % sont restées quasiment en l’état après l’envol de la progéniture. Quand cette pièce évolue, c’est souvent en espace dressing ou de bureau, mais les réseaux sociaux montrent aussi un désir des Français de la consacrer à leurs loisirs créatifs. « On est confronté à la nécessité d’avoir une stratégie d’offre liée au mode d’habiter et aux contraintes de logement, et pas simplement de proposer des offres de prix et des volumes de meubles qui sont les mêmes qu’il y a 15 ans. »

En fait, les meubles ne sont plus définis par leur catégorie historique, mais par la fonction qu’ils remplissent dans le logement : rangement, confort, décoration, séparation. Les fonctions rangement demeurent majoritairement associées aux pièces auxquelles elles étaient historiquement dédiées, sauf dans le cas du lit-coffre et du canapé-coffre. Le cuisiniste a aussi pris une place nouvelle dans le séjour. « Il permet de ranger la vaisselle dans un meuble de cuisine qui a glissé côté séjour. Le rangement s’étend donc au-delà des meubles traditionnels. » Dans la chambre adulte, le dressing pousse ses pions chez les 25-39 ans, venant progressivement concurrencer les meubles classiques de rangement, l’armoire-placard et la commode notamment.

Finalement, le meuble bouge moins vite que l’évolution du logement. Et son potentiel de conquête est parfois faible. « 71 % de ceux qui n’ont pas de buffet disent ne pas en avoir l’utilité et 18 % aimeraient bien mais n’ont pas la place. Donc il ne reste plus que 10 ou 11% de ménages à équiper », estime Stéphane Larue.

Surtout, la plupart des personnes se disent suffisamment équipées et ne ressentent pas le besoin de changer, même sans contrainte de budget. D’ailleurs, un nombre conséquent de Français a déjà renoncé à acheter un meuble dont le prix lui convenait (36 % en moyenne et 42 % des moins de 40 ans). Les raisons du blocage sont claires : ce sont d’abord les dimensions qui pêchent, soit la longueur/largeur, mais aussi la profondeur, ou le caractère trop imposant de l’équipement.

Pour l’IPEA, si on ne donne pas envie au consommateur d’aller en magasin pour changer de meuble, il ne fera pas la démarche. « Le potentiel de marché ne semble donc plus résider dans le simple besoin de s’équiper, mais dans la capacité à aller chercher le consommateur avec des solutions, plus adaptées, plus lisibles et plus accompagnées. »

Si le meuble meublant n’est pas poussé, il ne ressortira donc pas dans les envies d’achat dans un contexte fort d’arbitrages. « Il est important de mettre en place une stratégie offensive pour proposer aux consommateurs des éléments qui correspondent à leurs modes d’habiter et à l’évolution de ses besoins. C’est la seule solution pour doper notre marché », confirme Christophe Gazel. « Le futur du meuble pourrait ainsi autant reposer sur la capacité à accompagner le choix que sur le produit lui-même. »

Pour aider le client potentiel à se projeter sur le rendu d’un équipement, le configurateur de meuble, apprécié par 67 % des moins de 40 ans, est jugé crucial. Il est plébiscité pour la cuisine (58 %), comme pour le salon-séjour (52 %), la chambre adulte (37 %), la salle à manger (21 %) et l’entrée (16 %). Désormais, cet outil doit être en mesure d’apporter de la cohérence dans l’aménagement, de prendre en compte l’agencement de la maison avec des espaces de circulation et donc plutôt s’attacher à des projets qu’à un produit. « Le consommateur n’est plus sur la configuration d’un meuble, il est sur la configuration d’un espace. » Pas question pour autant de laisser celui qui vient dans un magasin seul devant l’écran de configuration. « S’il vient en magasin, c’est qu’il recherche de l’expérience, le service apporté par le conseiller humain », avertit Christophe Gazel. « Sinon, on n’ira pas beaucoup plus  loin qu’aujourd’hui et cela ne créera pas beaucoup de valeur. »

Les places de marché dans le parcours d’achat
Dans une enquête menée avec Unguess, l’IPEA a cherché comprendre la relation des consommateurs avec les places de marché, notamment lors de l’achat d’un meuble de projet (canapé, cuisine, buffet, dressing). Ce dernier impose un parcours de décision qui se construit dans le temps (en moyenne de 8 à 11 semaines). Ce parcours commence par un besoin ou une envie qui débouche sur une phase inspirationnelle. « On n’est pas sur un achat récurrent et les idées qu’on avait il y a dix ans ne sont pas forcément les mêmes aujourd’hui. Il y a donc une phase de réapprentissage sur la tendance, le style, les fonctionnalités », observe Stéphane Larue. La troisième phase est celle de la définition du budget. Après cette étape, le choix commence à se réduire, le consommateur affine ses sources, avant d’entrer dans la phase de comparaison (prix, services disponibilité). « La notion de service est extrêmement importante, notamment la livraison, les garanties, les retours. » La sixième phase va être un moment de réassurance où le futur acquéreur éliminera ses doutes. Puis, c’est le passage à l’acte d’achat. « Ces sept étapes fonctionnent pour un achat en ligne comme en magasin. »

Le modèle de l’abondance
La place de marché, dont l’attraction repose sur l’abondance, s’intègre de plus en plus souvent dans le parcours d’achat du meuble. 31 % des acheteurs y ont recours à chaque projet et à 47 % de temps en temps. « Tout le monde ne va pas sur des places de marché. En revanche, ceux qui les ont déjà utilisées y retournent régulièrement, au moins pour s’informer, pour découvrir des produits, des tendances, des styles auxquels ils n’auraient peut-être pas pensé spontanément. » Un quart des acheteurs privilégient les produits de l’enseigne sans aller voir les vendeurs tiers. Un autre quart ne regarde, lui, que les vendeurs tiers. Pour 50 %, cela dépend des produits ou des services associés aux produits et des sélections de filtres. À noter qu’au début de la recherche, les filtres mis en place visent principalement les produits de l’enseigne. Si les prix et l’offre font partie pour le consommateur des atouts d’une place de marché, cette dernière se distingue par son offre de services : SAV, garantie, livraison, retour et vendeur bien identifié. Les avis client, les descriptions produits et des conditions de livraisons très claires sont primordiaux pour susciter la confiance. L’IA inspirationnelle et la qualité de la gestion de la data prospect et client deviennent alors un véritable enjeu. « L’IA va complètement bousculer les lignes et jouer en quelque sorte un rôle de tiers de confiance, tout en sachant que celui qui est derrière l’IA a beaucoup d’informations sur la vie courante du consommateur. Le ticket d’entrée pour aller sur les six étapes préalables à l’achat et le niveau de service est énorme, à un moment où le marché est tendu et où tout le monde veut améliorer une rentabilité à court terme. Là, les coûts d’investissement sont au niveau du service, pas à celui de la marchandise, ce qui est notre ADN d’origine », souligne Christophe Gazel.

Par La Rédaction

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