Le 18 juin dernier, le groupe nantais a signé un protocole de conciliation avec un consortium d’investisseurs et ses banques créancières. L’opération, qui doit encore être homologuée par le tribunal de commerce de Nantes, prévoit un renforcement des fonds propres et un allègement de la dette bancaire, au prix d’une dilution des actionnaires actuels.
La semaine dernière, Maisons du Monde a annoncé la signature d’un protocole de conciliation visant à refinancer le groupe. L’accord réunit un consortium composé d’Alteri Investors et d’Eicos Investment Group, deux fonds britanniques, ainsi que les banques du groupe, sous l’égide de conciliateurs. Sa mise en œuvre reste conditionnée à l’homologation du protocole par le tribunal de commerce spécialisé de Nantes.
Le montage financier repose sur un apport de liquidités de 33 millions d’euros par le consortium sous forme de financement obligataire, complété par le rachat d’une partie des créances bancaires. Une part importante de la dette existante, soit 210,875 millions d’euros en principal, serait par ailleurs acquise par le consortium puis intégralement convertie en capitaux propres via une augmentation de capital réservée, au prix de 0,28 euro par action. Trois actionnaires représentant 63,5 % des droits de vote ont déjà pris l’engagement de voter en faveur de ces résolutions.
Cette conversion de dette en capital entraînerait une dilution considérable des actionnaires historiques, qui ne conserveraient au mieux que 4,78 % du capital. Le consortium deviendrait, lui, détenteur d’environ 95 % du capital social et des droits de vote. Le groupe a indiqué avoir sollicité auprès de l’Autorité des marchés financiers, une dérogation à l’obligation de lancer une offre publique d’achat, et précisé ne pas envisager de retrait de cote dans les douze mois suivant l’opération. L’assemblée générale annuelle, repoussée en raison des incertitudes sur la continuité d’exploitation, doit désormais se tenir le 27 juillet, avec un délai limite fixé au 15 septembre pour finaliser l’ensemble des opérations de restructuration.
Une activité commerciale en voie de stabilisation
Sur le plan opérationnel, l’enseigne fait état d’une amélioration progressive de ses ventes. Après un premier semestre 2025 marqué par un recul de 10 %, les ventes du second semestre se sont limitées à -1 %, portant la baisse annuelle à 5 %, pour un chiffre d’affaires de 947 millions d’euros. Le réseau de magasins a même renoué avec une légère croissance au second semestre, tandis que les ventes en ligne, en repli de 10 % sur l’année, ont vu leur rythme de décroissance ralentir.
Cette tendance s’est confirmée au premier trimestre 2026, avec des ventes en baisse de 2,8 % à périmètre comparable. Les magasins affichent une quasi-stabilité (-0,2 %), portée notamment par une progression de 3 % en Europe du Sud. La marketplace poursuit sa croissance (+7 %), à l’inverse du site marchand historique, en retrait de 13 %. Le groupe relève par ailleurs une hausse du trafic en magasin de 2 % et une progression de ses indicateurs de satisfaction client.
Un résultat net plombé par des dépréciations comptables
Le groupe a arrêté ses comptes 2025 le 19 juin, avec une perte nette de 406 millions d’euros, contre 115,3 millions un an plus tôt. Cette perte s’explique notamment par des écritures comptables sans impact sur la trésorerie : une dépréciation de 296 millions d’euros liée à la valeur de la marque et du goodwill, ainsi qu’une dépréciation de 52 millions d’euros sur l’entrepôt du Nord. La marge brute, elle, est restée solide, à 63,1 % des ventes, et le plan d’économies a permis de réduire les coûts de 45 millions d’euros sur l’année.
Au 31 décembre 2025, l’endettement net du groupe atteignait 157,7 millions d’euros, en hausse sur un an, et sa trésorerie disponible restait négative. Les commissaires aux comptes doivent valider les comptes, mais en alertant sur une incertitude réelle quant à la poursuite de l’activité. Si la restructuration échouait, Maisons du Monde pourrait être contraint de se placer en redressement judiciaire, ce qui entraînerait, selon le groupe, une perte totale pour les actionnaires actuels.

