Après plusieurs mois de réflexion stratégique, l’enseigne spécialiste a inauguré son premier magasin pilote à Plaisir (78). Un concept conçu pour perfectionner le parcours client, recentrer la vente sur l’écoute et incarner physiquement une méthode novatrice qui mérite d’être détaillée.
C’est en septembre 2025, lors de son congrès annuel, que Compagnie du Lit avait dévoilé les contours de sa nouvelle identité visuelle et commerciale. Depuis, les choses ont avancé rapidement : cinq magasins pilotes ont ouvert en l’espace d’un mois – deux succursales et trois franchisés –, dont celui de Plaisir, inauguré le 10 mars dernier, qui accueille les visiteurs sur 300 m².
Sur la façade, le nom lui-même a été retravaillé. Exit l’article défini : l’enseigne se présente désormais sous le nom raccourci « Compagnie du Lit », avec un logo modernisé dans lequel la lune emblématique, anciennement placée au-dessus du logotype, s’inscrit désormais à l’intérieur du « C ». Derrière cette nouvelle identité, c’est sa philosophie commerciale qui a été repensée. « La literie demeure un secteur très orienté produits et technique, mais encore insuffisamment centrée sur le client », lance Laurent Marguerettaz, directeur général. Pour accompagner cette transformation, un cabinet lyonnais a été mandaté pour co-construire la méthode de vente et former les équipes. À travers ce nouveau concept, l’enseigne, qui compte aujourd’hui 64 magasins intégrés et 42 franchisés, entend unifier et dynamiser l’ensemble du réseau.
Ralentir pour mieux vendre
Désormais, les magasins Compagnie du Lit se recentrent sur le client et la qualité du conseil. « Aujourd’hui, lorsqu’un client franchit les portes d’un magasin, on lui fait essayer un matelas très rapidement, sans cerner suffisamment le besoin dans un premier temps. L’idée est donc de ralentir le process, pour aboutir au bon choix. » Entièrement repensé, le parcours client en est un exemple concret. Dès l’entrée du magasin, le ton est donné. Un « totem de marques » accueille le visiteur, mettant en valeur les marques nationales référencées pour lui offrir un repère direct. La vraie rupture se situe à l’étape suivante, lorsque le vendeur va directement à la rencontre du client afin de lui remettre un kit d’essai comprenant notamment une sous-taie hygiénique pour les essais d’oreillers.
Le client est ensuite invité à s’installer dans une zone d’accueil équipée de tables et de chaises, où café et eau sont proposés. L’atmosphère est délibérément conviviale, presque domestique, et loin de la pression implicite qui règne souvent dans les espaces de vente spécialisés. L’objectif affiché est d’instaurer un climat d’écoute : une fiche de découverte structure l’échange autour de quatre axes : le projet du client, son profil de dormeur, ses trois critères prioritaires, puis la logistique et le budget.
Enfin, les ILV jouent un rôle pédagogique assumé. Dans un marché où le renouvellement d’une literie intervient tous les dix ans en moyenne, ces outils permettent aux clients d’aborder les caractéristiques produits en toute transparence, sans jargon technique. Un coin enfant complète le dispositif d’accueil, permettant aux familles de vivre l’expérience sereinement.
Boîte à rêves et zone de confort
Après l’écoute vient l’expérimentation. Et c’est là que le concept déploie toute son originalité. Le client est conduit dans ce que l’enseigne appelle la « boîte à rêves » : un espace intimiste baigné d’une lumière bleue tamisée, conçu pour un test à l’aveugle intégral. « Ici, nous n’abordons pas les notions de produits ni d’argent, mais simplement de confort », lance Stéphane Merlac, responsable du magasin. Trois niveaux de confort y sont matérialisés : les intenses, les équilibrés, les doux. Le client est invité à les expérimenter successivement, à son rythme, pour identifier celui qui correspond à ses besoins réels. « Avant de choisir un modèle précis, on sélectionne un type de confort », résume Laurent Marguerettaz.
Le magasin est ensuite organisé en trois zones distinctes, chacune correspondant à un niveau de confort. Cela permet, une fois la préférence du client établie dans la boîte à rêves, de l’orienter directement vers les modèles adaptés pour affiner son choix. Puis la séquence se poursuit avec la présentation des accessoires. Une « box accessoires » pédagogique regroupe alèses, protège-oreillers, draps et couettes, présentés comme le prolongement naturel du choix du matelas. Ici, l’enjeu est significatif pour améliorer le panier moyen et fidéliser le client autour d’un univers cohérent.
La vente se conclut dans un espace dédié, autour d’une table, dans une intimité propice à aborder sereinement les questions de financement et les modalités de livraison, où deux ou trois formules sont proposées selon les besoins. Ce dernier moment est ici intégré au parcours comme une étape naturelle, après que la relation de confiance a été construite pas à pas.
Mesure, recrutement et déploiement
Le concept intègre également une innovation révélatrice des ambitions de l’enseigne en matière de pilotage. Face à la difficulté classique de mesurer les flux dans des commerces de petite surface à faible trafic, Compagnie du Lit a développé un système de comptage sur mesure : une caméra se déclenche à chaque entrée en magasin, et les images collectées en fin de journée sont traitées par intelligence artificielle pour identifier et comptabiliser les passages réels. Le taux de transformation peut ainsi être calculé avec précision – un indicateur jusqu’ici difficile à fiabiliser dans ce type de point de vente.
Côté développement, l’enseigne continue de recruter de futurs franchisés à travers, là aussi, une stratégie atypique. En plus de chercher à convaincre des professionnels déjà installés dans le secteur de la literie, elle cible aussi des candidats issus d’autres univers. L’idée est de former des franchisés à la méthode sans avoir à défaire des habitudes préexistantes. En termes de positionnement, l’enseigne choisit de ne pas suivre la tentation de la montée en gamme et privilégie une approche non segmentante. Elle entend rester ancrée dans le cœur de marché et s’adresser à une clientèle large en termes de budget. Par ailleurs, le déploiement du concept se poursuivra progressivement, avec des ajustements intégrés au fil du retour d’expérience des cinq premiers magasins pilote, dont celui de Plaisir, qui fait figure de laboratoire grandeur nature pour les mois à venir. Une campagne télévisée, prévue à partir du 25 juin, viendra appuyer cette visibilité grand public.

